Ces artistes qui ont su se réinventer et adapter leur musique

En perpétuelle évolution, voyant les tendances se succéder à un rythme effréné, le rap est pour celui qui veut « rester dans le coup » un véritable exercice d’adaptation constante. Pas toujours évident de passer du boom-bap à la trap, du texte profond au gimmick efficace…Musique souvent présentée comme faite par et pour la jeunesse, on assiste néanmoins aujourd’hui aux premiers artistes cinquantenaires, qui découvrent en même temps que nous ce que peut vouloir dire « vieillir dans le rap ». 

Certains ont pris le parti de conserver leurs formules telles qu’elles et continuent d’être soutenus par des auditeurs qui prennent de l’âge en même temps qu’eux, sans se soucier des tendances ni du renouvellement de leur public. On peut citer dans ce créneau IAM, 11 albums entre 1991 et 2023, qui n’a pas cherché particulièrement à s’attirer les louanges de la jeunesse mais tourne encore dans toute la France à guichet fermé pour chaque nouvelle sortie.  

D’autres, plus rare, ont réussi à se métamorphoser au cours des années, devenant intergénérationnels et réussissant l’exploit d’être appréciés par ton père, ta grande sœur et ton petit frère (pour des raisons parfois très différentes). Ce sont des artistes qui ont su prendre des risques, se confronter à des sonorités parfois fortement éloignées de leurs créneaux initiaux, et garder une oreille sur les nouvelles tendances musicales.  

Rim’K

Le tonton du rap français, déjà précurseur dans les sonorités avec son groupe 113 au début de sa carrière (grâce à DJ Mehdi et ses influences électroniques), a su mener brillamment sa carrière solo, renouvelant perpétuellement sa proposition artistique sans jamais faire dans le jeunisme. Tonton réussit l’exploit de relier Karlito de la Mafia K’1 Fry et Jwles, et ça, c’est incroyable. 

Déjà récompensé en 2000 aux Victoires de la musique pour l’album Les Prince de la ville, porté par le single Tonton du Bled, près de 25 ans plus tard Rim’K performe au J.O de Paris lors de la cérémonie d'ouverture. Apprécié par les anciens et les plus jeunes, passant du boom-bap classique aux morceaux DMV en passant par la trap et le chaabi, très souvent sollicité en featuring, il a indéniablement l’une des carrières les plus solides du rap français

Alonzo

Après une carrière avec son groupe les Psy4 de la Rime (avec Soprano, Vincenzo et le regretté Sia Style) couronnée de succès dans la première décennie des années 2000, il entame un démarrage en solo en 2010 avec « Les temps modernes » qui recevra un accueil en demi-teinte. Il a su trouver son identité milieu des années 2010 : en compagnie du beatmaker Spike Miller, il donne un second souffle à sa carrière en se réinventant dans la trap, tout en signant des hits de l’été redoutablement efficaces.

Le Marseillais profite également du nouvel âge d’or du rap phocéen et ses nombreux featuring avec Jul lui ouvrent les portes d’un nouveau public. En 2023, plus de 20 ans après son début de carrière, il est présent sur le hit « Petit Génie » qui va même jusqu’à détrôner le record d’Ed Sheraan de semaine consécutive n°1 des chartes. Comme pour fêter tel qu’il se doit sa longue carrière, il remplit le Vélodrome de Marseille en juillet dernier.

Disiz

Une longue carrière, démarrant sur les chapeaux de roue avec un tube national « J’pète les plombs », pour ensuite essuyer quelques coups durs dûs à une proposition parfois peu lisible, voire maladroite… Il croit donner fin à cette carrière rap en 2009, faisant un pas de côté vers le rock sous l’alias Peter Punk, sans franc succès. Il reprend finalement son nom initial (en enlevant le « La Peste ») pour repartir dans un run exceptionnel tout au long de la décennie qui suivra : sa trilogie Lucide reçoit un très bel accueil, ce qui relance sa dynamique pour les 4 albums suivants. 

En 2022, il sort « L’amour », une proposition affinée qui se rapproche de la pop. Cet album est souvent décrit comme son œuvre la plus aboutie en termes de proposition artistique. Plusieurs jeunes artistes, comme Damso, le citent aujourd’hui comme une influence marquante. Il brille également de par son label « SUBLIME » reconnu pour sa qualité et son roaster de jeunes artistes à la patte très léchée (Luther, Rounhaa, abel31…)

Médine

Il fait une arrivée sulfureuse dans le game en 2004 avec un rap engagé et volontairement provocateur, un style martial et une voix puissante. Au fil des années, il a su prendre des risques et sortir des sentiers battus du créneau « rap conscient » en ouvrant sa musique à des horizons plus larges et en retravaillant son image, tout en gardant cette dimension sociale et politique.

Résolument indépendant, le Havrais vieillit comme un bon vin et vient de sortir Stentor (Acte 1), un projet au sonorité actuelle (il arrive même à rendre une instru drill intéressante, ce qui est aujourd’hui assez rare pour être notifié), qui nous rappelle que Médine est un excellent rappeur, lyriciste et surtout un artiste d’une versatilité impressionnante. 

Booba

Que dire qui n’a pas déjà été dit…tout simplement l’exemple ultime d’une carrière au sommet. Des classiques, des hits, un personnage de la pop culture française omniprésente dans le paysage pour le meilleur comme le pire…Du disque d’or en indépendant en 2000 au hit Dolce Camarra, comme il aime à le dire, sa « carrière est incroyable ». Sans oublier son label 92i qui aura révélé certains des plus gros talents du rap francophone, et ce depuis près de 20 ans. 

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